Compositeur

George Gershwin
1898 - 1937

À l’aube du XXe siècle, dans une famille juive russe tout juste installée à Brooklyn, naît Jacov Gershvin (sic), fils d’un Moische Gershovitz soucieux d’américaniser son nom pour faciliter son intégration. Trente-huit ans plus tard, l’Amérique est en deuil : George Gershwin, le phénomène musical de la première moitié du siècle, le prince de Broadway, décède d’une tumeur au cerveau. Que s’est-il passé entretemps ? Une enfance à faire du patin à roulettes avec ses amis et son inséparable grand frère Ira, sur le bitume d’une Big Apple en plein essor. Un coup de foudre pour une Humoresque d’Anton Dvořák. Puis une soif de musique inextinguible, qui s’exprime sur le piano familial acheté pour son frère, ce qui va transformer le mauvais garçon en apprenti musicien prometteur. Nourri au biberon pas toujours académique de professeurs particuliers, le jeune Gershwin développe son jeu pianistique, écoute avidement les monuments de la musique sérieuse… mais se passionne surtout pour Scott Joplin ou les rythmes frénétiques d’Irving Berlin et son Alexander’s Ragtime Band. C’est donc la musique populaire qui l’emporte dans un premier temps, et Gershwin se lance rapidement au cœur de la Tin Pan Alley, avec un premier contrat précoce de pianiste-plugger chez l’éditeur Lee Remick dès 1914 : l’activité consiste à promouvoir les songs fraîchement publiés auprès des artistes ou salles de concert pour les inciter à les inscrire à leur répertoire. Cependant, Gershwin, qui commence à composer ses propres songs et assiste aux musicals à succès de Jerome Kern ou Irving Berlin, nourrit d’autres ambitions. Ses cours particuliers prennent une tournure très sérieuse : avec Edward Kilenyi, il perfectionne son sens de l’harmonie et de l’orchestration, si nécessaire pour un compositeur de musicals, tandis que son talent de pianiste lui permet de multiplier les contrats, de plus en plus prestigieux. En 1919, il écrit une chanson, Swanee, qui va remporter un succès considérable ; la même année, Alex Aarons lui commande une comédie musicale, La-La-Lucille !, première d’une série d’œuvres qui vont hisser le nom de Gershwin au sommet de Broadway pour longtemps : se succèdent Lady Be Good (premier d’une série de nombreux grands succès avec les textes d’Ira, en 1924), Tip-toes (1925), Oh Kay (1926), Funny Face (1927), Treasure Girl (1928), Girl Crazy (1930) ou encore Pardon My English (1933)… Toutefois, Gershwin ne se contente pas d’être un célèbre créateur de musicals lucratifs. Avec le soutien de Paul Whiteman, il entreprend de donner ses lettres de noblesse à la musique populaire ; une première tentative « d’opéra nègre », Blue Monday Blues, sorte de Porgy and Bess avant la lettre, se solde par un échec relatif en 1922. L’année suivante, la cantatrice Eva Gauthier l’invite à l’accompagner au piano dans un récital original qui mêle Purcell, Bellini, Milhaud, Bartók, Berlin, Kern… ou encore Gershwin lui-même, dans le très respectable Aeolian Hall de New York. C’est un triomphe et le « jazz sophistiqué » du pianiste-compositeur fascine public et critiques ; surfant sur ce succès, Whiteman organise le concert qui va définitivement consacrer Gershwin en compositeur-pionnier de la musique américaine : c’est ainsi que la Rhapsody in blue est créée en 1924, recevant un accueil proche de l’hystérie collective. Malgré cette rapide ascension et la réputation nouvelle mais bien établie de compositeur de musique sérieuse, Gershwin souffrira toujours d’un manque de confiance en ses capacités : pendant ses voyages, à l’occasion de nombreuses rencontres, il demandera toujours des conseils ou des leçons (à Maurice Ravel, Edgar Varèse, Igor Stravinsky, Serge Prokofiev…). Possible conséquence de ce complexe, face à la multitude de chansons ou de comédies musicales qu’il écrit, sa musique symphonique se limite à un corpus plus modeste : la Rhapsody in blue n’est suivie que d’un Concerto en fa (1925), de la suite An American in Paris (1928), d’une Second Rhapsody (1931), d’une Cuban Overture (1932) et des Variations on « I got rhythm » (1934), avant l’aboutissement final de Porgy and Bess (1935). Cet opéra, auquel il travaille difficilement depuis des années, est un objet sonore inouï, entre numéros façon Broadway, laissant une grande liberté à l’interprète, et pages lyrico-symphoniques modernes, qui rappellent parfois Wozzeck d’Alban Berg. Les critiques seront mesurées, déconcertées par la singularité d’une œuvre difficilement classable. Là réside le génie de Gershwin : ses œuvres n’ont de cesse de questionner les frontières et les hiérarchies entre les genres musicaux.

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Lullaby pour quatuor à cordes

21ème Festival de Pâques de Deauville, jeudi 27 avril 2017 Quatuor Niles ensemble