Compositeur

Hans Werner Henze
1926 - 2012

Esprit libre, Hans Werner Henze sut assez tôt se démarquer de ses camarades de la génération 1925 (les Boulez, Nono, Berio, Stockhausen, …) en s’intéressant notamment à deux genres alors condamnés par l’avant-garde : l’opéra et la symphonie. Après une enfance et une adolescence marquées par la mainmise des nazis sur la politique culturelle, Henze commence pourtant par parfaire à Darmstadt une éducation musicale reçue notamment à Heidelberg auprès de Wolfgang Fortner. La technique dodécaphonique l’inspire, comme dans ses Variations pour piano opus 13, mais sa nomination comme directeur musical du théâtre de la Hesse à Wiesbaden en 1950 l’incite à ne pas négliger opéra et ballet, et à se laisser influencer par différents types d’écriture. Ainsi, dans Boulevard Solitude, son premier opéra d’après Manon Lescaut, il fait s’opposer en 1951 le langage dodécaphonique des amants à celui tonal utilisé par la bourgeoisie. Le choc ressenti à la découverte de l’Italie deux ans plus tard l’amènera également à assouplir les lignes mélodiques de ses héros vers plus de lyrisme. Il s’installe alors dans la péninsule et produit des œuvres que ses anciens condisciples sont désormais incapables de comprendre. A la création de Nactstücke und Arien en 1958, Boulez, Nono et Stockhausen signifient leur refus d’une musique qui considère le sérialisme comme un simple moyen en quittant ostensiblement la salle. Il n’empêche : Henze est reconnu et joué, qui plus est par les plus grands interprètes. Dietrich Fischer-Disekau crée ainsi le rôle principal d’Elégie pour de jeunes amants en 1961, et Leonard Bernstein, Herbert von Karajan ou Karl Böhm dirigent ses œuvres. Autre partenaire fidèle, Christoph von Dohnanyi qui crée les opéras Le jeune Lord et Les Bassarides en 1965 et 1966. Très engagé politiquement, Henze exprime aussi ses idéaux révolutionnaires dans ses œuvres, comme dans la Symphonie n°6, créée à la Havane et citant une chanson vietnamienne pour protester contre la guerre qui sévit alors là-bas, ou encore dans on oratorio Le Radeau de la méduse, dédié à Che Guevara. Italien d’adoption, Henze n’en demeure pas moins allemand de cœur et l’histoire tragique de son pays d’origine lui inspire les superbes fresques que sont les Symphonies n°7 et n°9. Si les pages des dernières années sont peut-être moins marquantes, les convictions politiques demeurent intactes chez Henze qui laisse à sa disparition en 2012 une œuvre gigantesque et protéiforme : une quarantaine de titres rien que pour l’opéra, la scène ou le cinéma, dix symphonies, une trentaine de pages concertantes, ainsi qu’une production importante dans le domaine de la musique de chambre dominée par cinq quatuors à cordes, un Trio à cordes et Kammersonate pour trio avec piano.